Parcours d’une Église synodale
Mgr Gilles Côté, s.m.m., chez les Papous

 

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Histoire de mon engagement

Une expérience d'Église de participation et de communion chez les Papous

Réflexions sur la synodalité

 

LA SPIRITUALITÉ DE LA COMMUNION

 
 

Je débute mon partage sur la spiritualité de la communion en me basant sur le contenu à ce sujet venant du Mouvement pour un Monde meilleur. Dans un monde fragilisé par l’individualisme et les divisions, il était apparent de reconnaître que la spiritualité de l’époque était également marquée par un individualisme qui faisait obstacle à la mise en œuvre de la doctrine conciliaire sur l’Église. Cela l’empêchait de mettre en pratique l’enseignement du Concile. Le besoin était clair d’assumer la spiritualité du Concile, la spiritualité de la communion qui guiderait les croyants à vivre à l’exemple de la communion trinitaire. Nous avions besoin d’une spiritualité qui deviendrait un peu comme l’âme de notre projet pastoral comme Église, peuple de Dieu en chemin vers la maison du Père, et mystère de communion comme celle que vit le Père, le Fils et l’Esprit. Nous voulions rassembler les gens non par une force extérieure, mais par une attraction de l’intérieur, non par la coercition ou par la subordination à une tâche commune, mais par consensus et par la communion dans l’Esprit.

Avant le Concile Vatican II, la sainteté individuelle était dominante. Mais le Concile, mettant l’accent sur la communion, l’unité, a montré le grand besoin de développer une spiritualité de relation. Cette spiritualité serait celle de la communauté dans son ensemble, une paroisse, un diocèse. C’est la spiritualité nécessaire pour que l’Église joue un rôle afin de créer un monde meilleur.

Cette spiritualité n’est pas seulement une vie intérieure, mais bien un style de vie, une façon de voir, d’être et d’agir. Il s’agissait de la communion avec Dieu, avec les frères et les sœurs, et en intégrant la création.

« Nous pouvons résumer ce noyau avec la formule suivante : communion trinitaire, vécue à un moment précis et dans un lieu concret, en tant qu'Église locale, pour le monde. C'est la spiritualité de la communion avec Dieu, entre l'humanité en Dieu, dans laquelle la nature créée et l'univers sont intégrés. Il a son fondement dans la volonté de Dieu de communiquer la propre vie de Dieu et d'appeler tous les gens à la partager à travers le Christ et dans l'Esprit, en tant que peuple de Dieu, saint et appelé à la sainteté. C'est la communion vécue et célébrée dans les Églises locales » (Growing as God’s People, Diocesan Renewal and Evangelization, Livre 3, chapitre 3, page 26).

  • Une spiritualité du dialogue – tous sont appelés à vivre dans la complémentarité et l’enrichissement mutuel. C’est donc une spiritualité bâtie sur l’amitié et le service mutuel.

  • Une spiritualité de solidarité – où le partage spirituel, matériel et culturel, provoque l’unité entre les personnes.

  • Une spiritualité de la communion – la communion avec Dieu, les uns avec les autres, et avec la nature. Vivre dans l’harmonie et la contemplation.

La spiritualité du Concile

« En fait, le Concile Vatican II a choisi une perspective, celle de l'Église comme « mystère de la communion », qui constitue une option ou un choix qui définit sa façon d'être et d'agir dans l'histoire. En même temps, c'est le noyau catalysant autour duquel il doit vivre une série de valeurs de la vie chrétienne. C'est ainsi que le Concile a commencé une manière particulière de voir, d'être et d'agir à l'égard de l'Église en tant que telle et pour le monde.

Le Concile propose à nouveau que la spiritualité évangélique soit vécue comme communion et communauté, comme Église, Corps du Christ. L'Église est conçue comme une spiritualité. C'est le charisme de l'Esprit donné à notre ère de l'histoire à travers le Concile » (Ibid. livre 1, chapitre 3, page 23).

Dieu invite les personnes à prendre part à sa vie et celles-ci répondent par la foi, l’espérance et la charité. La communion fait vraiment partie de la nature de l’Église. C’est dans ce sens que le Concile Vatican II peut être considéré comme le Concile de la spiritualité de la communion, en d’autres termes de la spiritualité communautaire.

Quand nous entrons en union avec Dieu qui est l’union de trois personnes, nous entrons dans une nouvelle façon de vivre des relations entre personnes et dans la société. L’aspect communautaire de nos vies vient de la Sainte Trinité. Nous sommes créés à l’image de Dieu.

« L'œuvre de création, de salut et de sanctification accomplie par le Père, le Fils et le Saint-Esprit a marqué toute vie humaine d'un sceau communautaire et en même temps dynamique » (Ibid p. 23).

Les gens du diocèse étaient encouragés à partager cette vision de l’Église et à décider de marcher ensemble en tant que frères et sœurs, main dans la main. Dieu n’est pas un Dieu solitaire, mais plutôt une communion de trois Personnes, et la foi conduit les êtres humains dans cette communion divine et cette communion conduit à la communion les uns avec les autres. On remarquait que les Papous étaient attirés facilement par la spiritualité de la communion parce que l’aspect communautaire est une valeur prioritaire dans leur culture.

Être fidèle à sa propre nature

La nature de l'Église en tant que communion lui permet de bâtir l’unité dans la diversité, de donner à la nature et au cosmos la plénitude du sens dans l'harmonie de toute la création. Elle suscite des relations d'égalité et de participation, de réciprocité et de responsabilité partagée, de solidarité et d'amour, ce qui est le chemin vers la construction de justice et de paix, d’amour et d’unité.

L'Église porte donc en elle-même la semence d'une réponse qui portera ses fruits dans la mesure où elle exprime dans sa vie et son action cette communion qui est sa nature essentielle. Le défi que lui lance le monde est ici de vivre avec la plus grande cohérence possible sa propre nature. C'est son premier service au monde.

À la fois personnelle et communautaire

Cette spiritualité est à la fois personnelle et communautaire. C’est une spiritualité évangélique vécue comme Église, comme Corps du Christ et Temple de L’Esprit Saint. Par le baptême les personnes sont insérées dans l’Église, comme membres vivants du Corps du Christ. En tant que personnes, leur croissance dépend de leur perfection en communion avec et au service de tous. La dimension communautaire est possible grâce à la complémentarité des dons, de sorte que chacun et chacune contribue à la construction du Corps du Christ, selon les dons reçus. Plus nous mûrissons en tant que personnes, plus nous nous intégrons dans la communauté de l’Église; et plus nous sommes en communauté, plus nous mûrissons en tant que personnes en Jésus-Christ.

Une nouvelle spiritualité

Ce qui est nouveau est le mouvement d’une spiritualité qui met l’accent sur la sainteté individuelle à une spiritualité qui met l’accent sur la sainteté communautaire. Cette spiritualité émerge de l’Église comme mystère de communion et peuple de Dieu. Elle favorise la sainteté du peuple de Dieu. Nous devenons saints ensembles. Tous les efforts pour vivre la communion comme celle qui existe entre les Personnes de la Trinité, aide tout le peuple de Dieu à grandir dans l’amour. La communion avec Dieu conduit à la communion les uns avec les autres.

La base des autres spiritualités

La spiritualité de l’Église n’est pas une parmi d’autres spiritualités. Elle est plutôt la base de toutes les autres spiritualités. C’est un peu comme le dénominateur commun. Les différentes formes de spiritualité viennent de l’Esprit. Vivre en communion comme Église constitue cette unité qui par sa nature même, passe avant toute diversité ou distinction. Toutes les spiritualités doivent avoir comme base la spiritualité de la communion qui est celle de l’Église. En affirmant la spiritualité de l'Église comme base de toute autre forme de spiritualité, nous construisons l'unité de vie et d'action de l'Église dans son ensemble sur un fondement théologique et spirituel.

En quoi consiste cette spiritualité

Cette spiritualité a deux composantes essentielles :

  • Elle est ancrée en Dieu qui est Amour partagé, une Trinité de Personnes. Dieu communique sa vie aux êtres humains et ainsi appelle à la sainteté communautaire.

  • Elle est ancrée dans la réponse des êtres humains, réponse qui consiste à devenir de plus en plus une communauté chrétienne, peuple de Dieu, la famille de Dieu le Père. C’est ainsi que Dieu nous sauve – en devenant saints non pas isolément mais en tant que peuple de Dieu (LG 9 ; voir GS 24 ; Eph 4 :1-16 ; 1 Pierre 2 :1-10 et d'autres).

Cette spiritualité consiste donc en des relations de dialogue avec Dieu, entre les êtres humains en Dieu, et intégrant toutes les réalités de la vie. En d’autres termes c’est la spiritualité communautaire (voir 2 Corinthians 8 & 9; Philippiens 1, 3-11; 2, 1-11; Colossiens 3, 4-6).

Spiritualité mariale

Toute spiritualité chrétienne trouve sa source dans la communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Marie est importante parce qu’elle entre parfaitement dans cette dynamique. En Marie, l’Église découvre que la communion ne se construit pas d’abord par le pouvoir ou l’organisation, mais par l’accueil de la grâce, l’amour réciproque et le don de soi.

La spiritualité de la communion est mariale parce que Marie est la créature qui a vécu la communion avec Dieu et avec l’humanité de la manière la plus parfaite. Le lien entre la communion et la dimension mariale est vraiment riche. Il permet de comprendre que l’Église vit d’une attitude intérieure d’accueil, d’écoute et de don de soi, que Marie incarne parfaitement.

La spiritualité de l'Église est identifiée à la spiritualité mariale dans son sens le plus authentique. Ce n'est rien de moins que le « Oui » de Marie à la volonté du Père, qui a fait d’elle la Mère de Dieu fait-homme, par l'action de l'Esprit Saint. C'est le « oui » renouvelé de Marie au mystère de la Croix, par sa présence dans la vie, la mort et la résurrection de son Fils et au début de l'Église à la Pentecôte.

Caractéristiques de cette spiritualité

Note : Ce que je partage brièvement sur les caractéristiques de la spiritualité de la communion vient de Growing as God’s People, livre un, chapitre cinq, pages 28-34.

  1. ESPOIR

    Vivre dans l'espoir : on lit les signes des temps, les événements significatifs au niveau local et mondial. L'Église est capable de prendre les mesures nécessaires pour changer. C'est une Église prophétique, qui exprime son espoir dans un processus de planification pastorale.

  2. PARTICIPATION

    Nous parlons de participation dans le sens de « faire partie de » et de « participer », partout où nous sommes appelés à le faire ou partout où nous avons le droit ou le devoir d'être et de nous rendre présents. Dans les deux sens du terme, participer à un impératif pour les personnes appelées comme nous sommes d'être des protagonistes de l'avenir.

  3. RÉCONCILIATION-CONVERSION-RENOUVELLEMENT COMMUNAUTAIRE

    Conversion en cours : la croissance se fait par étapes, pas tout à la fois. Sur le chemin, il y aura de l'adaptation et de la réconciliation. L'Église est consciente de ses limites, mais ne doit pas avoir peur d'être un témoin.

  4. DIALOGUE

    L'occasion pour tous les gens d'exprimer leurs points de vue et de sentir qu'ils ont la chance de participer à la vie de l'Église d'une manière significative.

  5. DISCERNEMENT COMMUNAUTAIRE

    Regarder la réalité de la vie et appliquer aux situations de la vie le message de l'Évangile. Dans toute notre planification et notre prise de décision, nous essayons d'agir en harmonie avec la volonté de Dieu.

    Cela consiste à chercher ensemble la volonté de Dieu.

  6. PARTAGE DES BIENS

    Dans le monde d'aujourd'hui, il n'est pas possible de parler de la spiritualité de la communion si nous ne l'exprimons pas dans une certaine forme de partage des biens. Le monde d'aujourd'hui a un besoin vital de justice et d'équité, de solidarité et de charité.

  7. LITURGIE ET PRIÈRE

    Liturgie et prière : notre communauté célèbre sa vie dans le culte et la prière. Cela nous construit et nous aide à grandir dans la communion.

    La liturgie est la source et le sommet de la spiritualité communautaire. Il suppose une Église qui convoque et « fait » l'Eucharistie.

    La prière authentique est donc ce que le Christ fait en nous par l'Esprit, auquel nous sommes appelés à répondre. En répondant au Christ, à la volonté du Père, nous nous unissons au mystère du Christ Dieu et de l'Homme et, en Lui, au mystère à travers lequel nous sommes un en Christ. Ainsi, nous sommes membres les uns des autres, selon la diversité des dons, des charismes et des ministères.